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Focus sur les Missels anciens
Les missels anciens : petits livres de prière, témoins d’une époque et objets de transmission
Parmi les objets religieux que l’on rencontre en brocante, les missels anciens occupent une place particulière. À la fois livres de prière, souvenirs personnels et objets d’art, ils racontent une histoire intime : celle d’une foi, d’une famille, d’une époque et souvent d’un moment important de la vie.
Un livre pour accompagner la messe et la vie chrétienne
Le missel est avant tout un livre destiné à suivre la messe. Avant la généralisation des traductions liturgiques modernes, il permettait aux fidèles de suivre les différentes parties de la célébration, en latin et parfois avec une traduction en regard.
Un missel traditionnel contient généralement :
- les prières de la messe (ordinaire de la messe), c’est-à-dire les textes qui reviennent régulièrement
- les messes propres aux différents dimanches et fêtes de l’année liturgique
- les grandes fêtes religieuses : Noël, Pâques, Pentecôte, fêtes de la Vierge et des saints
- des prières personnelles à réciter avant ou après la messe
- des prières du matin et du soir
- des prières de confession, de communion et d’action de grâce
Le missel est donc bien plus qu’un simple livre liturgique : il est conçu comme un compagnon de vie chrétienne, que l’on conserve, que l’on annote parfois, et qui accompagne son propriétaire dans les grandes étapes de son existence.
Des objets offerts lors des grands moments de la vie
Les missels anciens sont souvent associés aux souvenirs familiaux. Beaucoup ont été offerts à l’occasion d’événements importants, ce qui explique la présence fréquente d’inscriptions manuscrites sur la page de garde : « Souvenir de première communion », « À notre chère enfant », « En souvenir de… », ou encore une date et le nom d’un parrain ou d’une marraine.
La première communion est sans doute l’occasion la plus connue, mais elle n’est pas la seule. Un missel pouvait également être offert :
- pour une profession de foi
- pour une confirmation
- pour un baptême
- comme cadeau de mariage
- lors d’une entrée dans la vie religieuse
- comme cadeau d’anniversaire ou de fête
- simplement comme encouragement à la pratique religieuse
Ces livres étaient souvent choisis avec soin : reliure en cuir ou en ivoire végétal, fermoir métallique, tranche dorée, couverture décorée, images pieuses ou gravures colorées. Le missel devenait ainsi un objet personnel et précieux, parfois conservé toute une vie.
Les différents types de missels : un même usage, des univers différents
Tous les missels ne se ressemblent pas. Le plus courant est le missel paroissien romain, parfois appelé simplement « missel romain ». C’est le modèle classique destiné à accompagner les fidèles dans la messe de chaque dimanche et des principales fêtes.
À côté de ces missels généralistes existent de nombreux missels thématiques. Leur contenu liturgique reste généralement proche de celui des missels romains classiques : ce sont surtout les illustrations, les textes d’accompagnement et la présentation qui changent.
On rencontre ainsi par exemple :
- le missel de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, centré sur la spiritualité de la « petite Thérèse »
- le missel de la Sainte Écriture, richement illustré de scènes bibliques
- le missel de Terre Sainte, mettant en valeur les lieux liés à la vie du Christ
- le missel des Saints Sacrements, consacré aux grands moments sacramentels de la vie chrétienne
- des missels dédiés à la Sainte Vierge, au Sacré-Cœur, à certains saints ou à certaines dévotions particulières
Ces éditions étaient souvent destinées à toucher un public précis et à renforcer la dimension spirituelle ou affective du livre.
Des missels qui changent avec les décennies
Un missel ancien est aussi un témoin de son époque. En le feuilletant, on observe l’évolution des pratiques religieuses, des sensibilités et même de l’histoire.
Les éditions du XIXe siècle et du début du XXe siècle accordent souvent une grande place aux dévotions traditionnelles : chapelet, prières pour les âmes du purgatoire, méditations, litanies, exercices de piété. Les illustrations sont nombreuses et parfois très détaillées.
Certains éléments disparaissent progressivement selon les périodes. Par exemple, le chemin de croix, très présent dans de nombreux missels de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, devient moins systématique dans certaines éditions après la Première Guerre mondiale. Ces évolutions reflètent les changements de pratiques religieuses et de sensibilité au cours du temps.
Les réformes liturgiques du XXe siècle, notamment après le concile Vatican II (1962-1965), transforment également profondément les missels : la place du latin diminue, les traductions en langue vernaculaire apparaissent et la présentation des célébrations évolue.
Ainsi, dater un missel ne consiste pas seulement à regarder son année d’édition : il faut aussi observer sa structure, son vocabulaire, ses prières, ses illustrations et les pratiques religieuses qu’il met en avant.
Des livres qui dépassent la simple messe
Certains ouvrages ressemblent aux missels mais répondent à des usages plus spécifiques. Ils étaient destinés à accompagner certaines périodes de la vie ou certains moments de prière.
On trouve notamment :
- des livres pour les enfants, avec des illustrations adaptées et des explications simples de la messe
- des missels ou recueils de prières pour accompagner les mourants et les familles en deuil
- des ouvrages de préparation aux sacrements
- des livres de méditations quotidiennes
- des guides de vie chrétienne destinés aux jeunes filles ou aux jeunes gens
Parmi ces derniers, on rencontre par exemple des livres comme Le Livre de la persévérance ou La conduite de la jeune fille sous l’emprise de Marie, souvent offerts après la communion ou lors de l’entrée dans l’adolescence. Ces ouvrages témoignent des conseils moraux et religieux donnés aux jeunes générations à une époque donnée.
Ils permettent aujourd’hui de mieux comprendre la place de la religion dans l’éducation, la famille et la société d’autrefois.
Les grands éditeurs de missels anciens
Avant la Seconde Guerre mondiale, quelques grandes maisons d’édition françaises se partagent l’essentiel de la production de missels. Leur nom figure généralement sur la page de titre ou à la fin de l’ouvrage et constitue un excellent indice pour situer un exemplaire dans le temps.
Mame et Mame & Fils (Tours)
La maison Mame, fondée à Tours à la fin du XVIIIe siècle, est sans doute l’éditeur religieux français le plus célèbre. Au cours du XIXe siècle, son développement est considérable, tant dans le domaine des livres scolaires que des ouvrages religieux.
Selon les périodes, les missels portent simplement la mention « Mame », puis « Mame et Fils » (ou « Mame & Fils » selon les éditions). Cette évolution reflète les différentes raisons sociales adoptées par l’entreprise au fil des générations.
Les éditions Mame sont réputées pour la qualité de leur impression, leurs nombreuses gravures, leurs élégantes reliures et le soin apporté aux dorures. Les exemplaires destinés aux communions comptent parmi les plus recherchés.
Mellottée (Châteauroux)
La maison Mellottée, installée à Châteauroux, est un autre acteur important de l’édition religieuse de la fin du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle.
Ses missels se distinguent souvent par une fabrication soignée et une iconographie abondante. La maison a publié de nombreuses éditions destinées aux premières communions, ainsi que plusieurs missels illustrés consacrés à différentes dévotions.
Aujourd’hui encore, les ouvrages Mellottée sont très présents dans les successions familiales et les collections de livres religieux anciens.
Marchet-Roux, Marchet & Fils, Pellion et Marchet (Lyon)
L’histoire de cette maison lyonnaise se lit directement sur les pages de titre.
Les éditions les plus anciennes portent la mention Marchet-Roux. Au fil du temps, la raison sociale évolue vers Marchet et Fils, puis Pellion et Marchet, témoignant des changements de direction et des associations successives entre imprimeurs et libraires.
Ces différentes mentions permettent souvent de situer approximativement un missel lorsqu’aucune date n’est indiquée.
Cette maison est particulièrement connue pour ses missels paroissiaux richement illustrés, ses livres de communion et ses ouvrages de piété, souvent proposés dans un large choix de reliures.
Proost (Turnhout, Belgique)
La maison Proost, établie à Turnhout en Belgique, a largement diffusé des ouvrages religieux francophones à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.
Ses missels sont généralement reconnaissables à leur belle qualité d’impression, à leurs gravures fines et à leurs nombreuses éditions destinées aussi bien aux paroisses qu’aux communiants.
La production belge de cette période est souvent comparable, par sa qualité, à celle des grands éditeurs français.
L’éditeur, un précieux indice de datation
Pour le collectionneur comme pour le chineur, le nom de l’éditeur constitue un indice précieux.
Associé à la raison sociale employée, à la présence d’un Imprimatur daté, au calendrier liturgique, au style des illustrations et à la reliure, il permet souvent de dater un missel avec une assez bonne précision, même lorsqu’aucune année n’apparaît explicitement sur la page de titre.
Observer ces détails fait partie du plaisir de la découverte : derrière un simple livre de prière se cache souvent un véritable témoin de l’histoire de l’édition religieuse française et belge.
Comment « lire » un missel trouvé en brocante ?
Au-delà de son aspect esthétique, un missel ancien est un livre qui livre de nombreux indices sur son histoire. En prenant le temps de l’observer, il est souvent possible d’en apprendre beaucoup sur son époque, son propriétaire et son parcours.
La date d’édition
La date est parfois indiquée directement sur la page de titre, mais ce n’est pas toujours le cas.
Un bon réflexe consiste à rechercher la page portant la mention « Imprimatur », c’est-à-dire l’autorisation officielle donnée par l’autorité ecclésiastique pour l’impression de l’ouvrage. Cette page mentionne souvent une date, parfois écrite en chiffres romains, qu’il faut savoir déchiffrer. Attention toutefois : la date de l’Imprimatur peut être légèrement antérieure à celle de l’édition que l’on tient entre les mains, car un même texte a souvent été réimprimé pendant plusieurs années.
Autre indice très utile : les premières pages contiennent fréquemment un tableau des fêtes mobiles ou un calendrier liturgique couvrant plusieurs années. Dans de nombreux missels, la première année figurant dans ce tableau correspond à l’année de publication ou en est très proche.
Enfin, lorsque ces indications sont absentes, le style de la reliure, les caractères typographiques, les illustrations, les encadrements décoratifs ou encore la manière de représenter les scènes religieuses permettent souvent d’estimer la période de fabrication. Les décors Art nouveau de la Belle Époque, les compositions Art déco de l’entre-deux-guerres ou les présentations plus sobres des années 1950 constituent autant de précieux repères.
La provenance
La première page ou la page de garde réserve souvent de belles découvertes.
On y trouve fréquemment une dédicace, un nom, une signature, une date de communion, de confirmation ou de mariage, parfois même le nom de la paroisse ou celui du prêtre ayant célébré la cérémonie. Ces inscriptions permettent de retracer une partie de la vie du livre et rappellent que le missel était avant tout un objet personnel.
Les images pieuses et les souvenirs glissés entre les pages
Les missels anciens renferment très souvent de petits trésors laissés par leurs propriétaires.
Au fil des pages apparaissent des images pieuses imprimées sur carton ou papier, représentant le Christ, la Vierge, un saint protecteur ou un lieu de pèlerinage. Beaucoup portent au verso une date, une dédicace ou le souvenir d’une communion, d’une profession de foi, d’une mission paroissiale ou d’un pèlerinage.
On rencontre également de magnifiques canivets, ces images de dévotion finement découpées en dentelle de papier. Très populaires au XIXe siècle et au début du XXe siècle, ils étaient souvent offerts lors des grandes fêtes religieuses ou achetés dans les sanctuaires.
Ces images servaient le plus souvent de marque-pages. Elles étaient déplacées au fil des offices, mais aussi conservées comme souvenirs d’un voyage, d’un pèlerinage à Lourdes, à Rome, en Terre Sainte ou dans un autre lieu de dévotion. Au fil des années, le missel devenait ainsi un véritable album de souvenirs spirituels.
Il n’est d’ailleurs pas rare d’y découvrir des fleurs séchées, des rubans, des faire-part religieux, des souvenirs mortuaires ou d’autres petits papiers glissés entre les pages. Ces ajouts racontent autant l’histoire de leur propriétaire que celle du livre lui-même.
La reliure et les matériaux
La qualité de la reliure donne également de précieux renseignements.
Les missels les plus simples sont recouverts de toile ou de percaline, tandis que les éditions offertes lors d’une cérémonie importante sont souvent reliées en cuir, ornées de décors dorés, de tranches dorées, de fermoirs métalliques ou de riches embossages. Certains possèdent encore leur étui d’origine.
Ces finitions reflètent le soin apporté à un ouvrage destiné à accompagner son propriétaire pendant de nombreuses années.
Les illustrations
Les gravures et illustrations constituent également un excellent indice pour identifier une édition.
Elles permettent souvent de reconnaître un missel thématique (Terre Sainte, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, Sainte Écriture, Sacré-Cœur, etc.) mais aussi de situer approximativement sa période de fabrication grâce à leur style artistique. Elles témoignent enfin de l’évolution de la sensibilité religieuse et des goûts décoratifs au fil des décennies.
Chaque missel est ainsi une pièce unique. Même deux exemplaires d’une même édition peuvent raconter des histoires très différentes selon les personnes qui les ont utilisés, les souvenirs qu’elles y ont conservés et les marques qu’elles y ont laissées.
De cette histoire
Les objets que j'ai chinés

1920
Missel Des Vertus Chrétiennes, 1920, Couverture Cuir Monogramme doré YC, N°211
Une reliure en cuir sombre, tranche dorée, et une dédicace de communion datée 1912.