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Focus sur le Nain Jaune

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Introduction

Le jeu de Nain Jaune est l’un des plus célèbres jeux de cartes et plateau de la tradition française. Pendant près de deux siècles, il a occupé une place privilégiée dans les salons bourgeois, les réunions familiales et les soirées de campagne. Aujourd’hui encore, il est fréquent d’en découvrir dans les greniers, les successions ou sur les étals des brocantes, souvent rangés dans une jolie boîte en bois accompagnée de jetons en os, en bois ou en nacre.

Pour le collectionneur comme pour le chineur, le Nain Jaune présente un intérêt particulier. Derrière des règles simples se cache une étonnante diversité de fabrications, de styles, de matériaux et d’éditeurs qui permettent souvent de dater un exemplaire avec une assez bonne précision.

Ce guide a pour objectif de retracer l’histoire du jeu, d’expliquer son fonctionnement et de donner les clés pour reconnaître les différentes périodes de fabrication, identifier les fabricants et apprécier la qualité d’un exemplaire ancien.

Les origines du Nain Jaune

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le Nain Jaune n’est pas un jeu médiéval mais un jeu relativement récent à l’échelle de l’histoire des jeux de société.

Son apparition remonte à la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans une époque où les jeux de cartes connaissent un immense succès en France. Il dérive probablement de plusieurs jeux de paiement très populaires, dans lesquels certaines cartes rapportaient ou faisaient perdre des mises.

Le nom « Nain Jaune » provient du célèbre conte de Madame d’Aulnoy, publié en 1697. Dans cette histoire féerique, le Nain Jaune est un personnage mystérieux et malicieux qui connut un immense succès dans toute l’Europe. Lorsque le nouveau jeu apparaît quelques décennies plus tard, l’une des cartes les plus importantes est précisément le sept de carreau, rapidement surnommé « le Nain Jaune ».

Cette carte deviendra progressivement le cœur du jeu, au point de lui donner son nom.

Un succès pendant plus de deux siècles

Du XIXe siècle jusqu’aux années 1960, rares sont les familles françaises qui ne possèdent pas un jeu de Nain Jaune.

Les fabricants proposent alors une multitude de modèles :

  • simples plateaux en carton
  • coffrets en bois verni
  • luxueuses boîtes en acajou ou en noyer
  • coffrets réunissant plusieurs jeux de société
  • versions de voyage
  • éditions destinées aux enfants

Le Nain Jaune traverse toutes les classes sociales. Les modèles les plus modestes côtoient des coffrets particulièrement raffinés, dont certains étaient offerts comme cadeaux de mariage ou présents de Nouvel An.

Pendant tout le XIXe siècle, il accompagne les longues soirées familiales au même titre que les dominos, le loto ou les dames.

Le principe du jeu

Le plateau de Nain Jaune n’est pas un plateau de déplacement comme celui des petits chevaux ou du jeu de l’oie.

Il sert uniquement de tableau de paiement.

Avant chaque manche, tous les joueurs déposent un jeton dans chacune des cases du plateau.

Chaque case correspond à une carte particulière :

  • le Roi de cœur
  • la Dame de pique
  • le Valet de trèfle
  • le Dix de carreau
  • le Sept de carreau, appelé le Nain Jaune

Au cours de la partie, lorsqu’un joueur parvient à jouer l’une de ces cartes, il remporte immédiatement tous les jetons placés sur la case correspondante.

Le sept de carreau rapporte généralement davantage que les autres cartes, ce qui explique son importance.

Le reste du jeu consiste à se débarrasser progressivement de toutes ses cartes selon des règles simples de suites.

Les règles en quelques mots

Chaque joueur reçoit un nombre identique de cartes.

Le joueur possédant la plus petite carte commence.

Les cartes sont ensuite jouées dans l’ordre croissant de chaque couleur.

Lorsqu’un joueur ne peut plus continuer une série, le tour passe à un autre joueur.

Le premier qui se débarrasse de toutes ses cartes gagne la manche.

Les autres joueurs doivent alors payer des pénalités, auxquelles s’ajoutent parfois des paiements particuliers selon les variantes régionales.

C’est justement cette simplicité qui explique le succès du jeu : les règles s’apprennent en quelques minutes, mais les parties restent animées grâce aux nombreuses possibilités tactiques.

Le plateau : une étonnante évolution

Les premiers plateaux sont très sobres.

Au XVIIIe siècle, il s’agit souvent de simples cartons imprimés.

Au début du XIXe siècle apparaissent des impressions plus soignées, souvent rehaussées de couleurs appliquées au pochoir ou coloriées à la main.

Vers le milieu du siècle, la lithographie permet une décoration beaucoup plus riche.

Les plateaux deviennent alors de véritables objets décoratifs.

Les typographies évoluent également. Les premières impressions utilisent des caractères proches de ceux des livres anciens. À partir de la fin du XIXe siècle apparaissent des lettres plus épaisses, plus décoratives, parfois inspirées de l’Art nouveau.

Au XXe siècle, les dessins deviennent plus géométriques puis plus industriels. Les plateaux en carton épais imprimé remplacent progressivement les fabrications artisanales.

Les jetons

Les jetons constituent souvent l’un des meilleurs indices pour dater un jeu.

Les plus anciens sont réalisés en os tourné. Ils présentent une légère irrégularité qui témoigne d’une fabrication artisanale.

Les modèles les plus luxueux peuvent être en ivoire, en nacre ou parfois en corne.

Au XIXe siècle apparaissent également des jetons en bois tourné. Au début du XXe siècle, la bakélite puis différentes matières plastiques remplacent progressivement les matériaux traditionnels.

La couleur des jetons varie énormément selon les fabricants. On rencontre le plus souvent des ensembles rouges, bleus, jaunes, verts et blancs.

Les jetons d’origine augmentent sensiblement l’intérêt d’un jeu de collection.

Les coffrets

Le simple plateau vendu seul existe durant toute l’histoire du jeu.

Cependant, les collectionneurs recherchent surtout les coffrets complets.

Ces derniers peuvent contenir :

  • le plateau
  • plusieurs centaines de jetons
  • un ou deux jeux de cartes
  • une règle imprimée
  • parfois des compartiments destinés aux dominos ou aux dés

Les coffrets les plus anciens sont souvent assemblés par de petits ébénistes ou des fabricants spécialisés dans les jeux de salon.

À partir du début du XXe siècle, la production devient plus industrielle.

Les fabricants

Le Nain Jaune n’a jamais été fabriqué par une seule entreprise.

De nombreux éditeurs français l’ont proposé à leur catalogue. Certains étaient spécialisés dans les jeux de société, d’autres dans les jeux éducatifs ou les cartes à jouer.

Les modèles anciens sont parfois anonymes. Dans ce cas, le style du plateau, la qualité de l’impression, les charnières, la quincaillerie ou la fabrication des jetons deviennent de précieux indices de datation.

Les productions du Jura occupent une place importante au XXe siècle, notamment grâce au développement des fabricants de jouets en bois.

Comment dater un jeu de Nain Jaune

Aucun détail ne permet, à lui seul, de dater précisément un exemplaire. Il faut au contraire observer l’ensemble.

Parmi les principaux indices :

  • les matériaux utilisés
  • la qualité de l’impression
  • la typographie
  • les illustrations
  • la fabrication de la boîte
  • les charnières
  • la serrure
  • la présence d’une étiquette d’éditeur
  • la règle imprimée
  • les cartes d’origine
  • les jetons

Un coffret homogène est généralement plus facile à dater qu’un ensemble recomposé au fil du temps.

Les reproductions

Depuis plusieurs décennies, de nombreux fabricants rééditent le Nain Jaune. Ces jeux modernes sont destinés avant tout à être utilisés.

Ils sont généralement faciles à reconnaître :

  • impression très nette
  • carton moderne
  • plastification
  • jetons en plastique injecté
  • codes-barres
  • mentions légales contemporaines

Ces reproductions n’ont pas la valeur historique des exemplaires anciens mais permettent de perpétuer la pratique du jeu.

Les critères de collection

La valeur d’un Nain Jaune dépend de nombreux facteurs. Les plus importants sont :

  • l’ancienneté
  • la rareté
  • l’état général
  • la présence de tous les jetons
  • les cartes d’origine
  • la règle d’époque
  • la qualité du coffret
  • l’identification du fabricant

Les exemplaires complets sont naturellement les plus recherchés. Un coffret vide ou incomplet conserve néanmoins un intérêt documentaire, surtout lorsqu’il provient d’un fabricant peu courant.

Pourquoi le Nain Jaune plaît-il toujours ?

Plus de deux cents ans après son apparition, le Nain Jaune continue de séduire les amateurs de jeux anciens.

Il possède une double personnalité. C’est à la fois un véritable jeu de cartes, toujours agréable à pratiquer, et un objet décoratif qui témoigne du savoir-faire des fabricants français.

Chaque coffret raconte une époque. Les essences de bois, les charnières, les papiers imprimés, les jetons ou les règles anciennes reflètent l’évolution des techniques, des goûts et des usages.

Pour le collectionneur, chaque découverte est une petite enquête historique. Pour le joueur, c’est surtout un jeu convivial qui traverse les générations sans avoir perdu son charme.

Conclusion

Le Nain Jaune fait partie de ces objets familiers que l’on croyait connaître, mais qui révèlent une histoire étonnamment riche lorsque l’on s’y intéresse de près.

Du simple plateau en carton du XVIIIe siècle aux élégants coffrets en bois du XIXe, puis aux productions industrielles du XXe siècle, il accompagne l’évolution des loisirs familiaux depuis plus de deux cents ans.

Aujourd’hui encore, il constitue un excellent témoin du patrimoine ludique français. Derrière chaque exemplaire se cachent des choix de fabrication, des matériaux, des éditeurs et des usages qui en font un objet aussi passionnant pour le collectionneur que pour l’historien des jeux de société.

Que l’on souhaite simplement apprendre à jouer, dater un plateau trouvé en brocante ou constituer une collection spécialisée, le Nain Jaune mérite assurément une place à part dans l’univers des jeux anciens.